|
Sustainable
eNews |
May 2004 |
|

|
IWMC
World Conservation Trust |

Au
cours des 10 dernières années, l'IWMC a eu du succès dans de nombreux
domaines, en agissant contre une tendance culturelle visant au protectionnisme,
ou plus précisément l'ultraprotectionnisme, des espèces. L'avantage de la
philosophie de l'ultraprotectionnisme est lié à sa simplicité et à la
facilité de la modeler en déclarations, qui plaisent au public, précédées
des mots "Sauvez les …" Les éléphants, lions, tigres, baleines,
dauphins, esturgeons, tortues et autres espèces charismatiques sont devenus des
symboles pour la collecte de fonds, une vraie entreprise, aux Etats-Unis
d'Amérique et dans le monde occidental, là où une nouvelle culture urbaine
s'est approprié le paysage et la nature, et les a réinventés pour créer des
images et des problèmes ayant peu de rapport avec la réalité.
Ce genre d'activisme est très lucratif. Les
groupes qui font campagne les plus connus - ils se présentent eux-mêmes comme
les défenseurs des droits des animaux ou de leur bien-être - ont des revenus
annuels qui dépassent les 50 millions de dollars, lesquels proviennent dans une
large mesure de riches fondations étatsuniennes. Ils ne se préoccupent guère
des droits et de la culture des peuples des pays pauvres qui, suite à ces
campagnes, sont privés de leurs moyens de subvenir à leurs besoins.
Le débat sur la conservation
L'IWMC n'a pas mis longtemps pour faire
remarquer que l'interdiction du commerce licite n'élimine pas le commerce
illicite. Une interdiction totale du commerce crée des incitations perverses et
accroît le pouvoir du marché noir. Elle contribue à la disparition des
espèces menacées. Souvent, elle crée aussi de graves fractures dans les
activités traditionnelles et culturelles des populations locales.
Avec des moyens financiers limités, l'IWMC a
pu définir le débat sur la conservation, dans des forums internationaux tels
que la CITES, la FAO, la CBD, la CBI et l'ICCAT, comme un choix entre
l'utilisation durable et la protection. Nous avons rappelé aux pays leurs
droits et leurs responsabilités en matière d'exploitation sage de leurs
espèces sauvages. Il y a cinq ans, par exemple, l'Organe subsidiaire chargé de
fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques (SBSTTA) de la
Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique a
recommandé le développement d'approches et de pratiques pour l'utilisation
durable des ressources biologiques. Il a déclaré que l'utilisation durable est
un élément important des programmes de travaux thématiques de la Convention
et que la CDB devrait promouvoir la durabilité de l'utilisation des ressources
dans ses programmes, en prenant notamment en considération les besoins en
matière d'information, de technologie, de législation et d'incitation et en
outils de gestion.
Diviser et conquérir
Parallèlement, l'IWMC a averti les industries
qu'elles devaient faire face à une opposition qui, en cherchant à
"diviser pour conquérir", les toucherait une par une. Les éleveurs
d'animaux à fourrure estimaient qu'ils ne seraient pas affectés par la
campagne contre l'usage de la fourrure d'animaux sauvages et pourraient même
bénéficier de l'élimination de concurrents. Mais une fois que les militants
eurent assuré leur victoire, les éleveurs devinrent la cible suivante. L'IWMC
se trouva dans la situation de devoir pousser les industries à "se
réveiller" et à répondre activement à leurs adversaires. Or, trop
souvent, elles ne surent pas reconnaître le danger que représentaient ces ONG
et reportèrent leurs actions jusqu'à ce qu'il fût trop tard.
L'an dernier, l'IWMC a travaillé avec certains
producteurs et importateurs de caviar à l'établissement du Sturgeon
Stewardship Council, afin de promouvoir la conservation des espèces et la
protection du commerce du caviar contre les attaques d'ONG puissantes des
Etats-Unis. Leurs militants commencèrent par viser le caviar béluga. Ils
adressèrent une pétition au Fish and Wildlife Service étatsuniens afin que le
béluga soit déclaré menacé d'extinction, ce qui n'a pas abouti jusqu'à
présent. Toutefois, il ne fait pas de doute que l'action à l'endroit du
béluga n'est que le premier pas d'une stratégie visant à mettre un terme à
la production de caviar sauvage. Puis, lorsque ce sera fait, les éleveurs
d'esturgeons seront alors visés.
L'IWMC est parvenue à articuler le débat
d'ensemble sur l'utilisation des espèces sauvages et à présenter une
alternative claire et rationnelle à l'agenda de groupes tels que le WWF,
Greenpeace, l'IFAW, la HSUS et la myriade d'autres avec lesquels ils
collaborent.
Succès
Nous tournant vers le passé, nous sommes
particulièrement heureux des succès suivants:
- L'aide apportée à plusieurs gouvernements
pour élaborer des lignes directrices en matière de politiques et de
législation, afin d'éviter que des réglementations internationales
n'interfèrent avec leur droit de se préoccuper de leurs citoyens.
- La protection du vote à bulletins secrets
au sein de la CITES. Nous avons été à la pointe de la résistance contre
l'élimination du vote secret dans le cadre du processus de prise de
décisions, parce que nous estimons qu'il s'agit d'un mécanisme essentiel
pour protéger la souveraineté des petits Etats contre les pressions indues
exercées par les plus grands. Evidemment, si les petits pays souhaitent
dire comment ils ont voté, c'est à eux d'en décider. Mais ils n'ont pas
à y être forcés.
Les droits des peuples
L'IWMC a aussi été à la pointe du débat sur
la chasse à la baleine. L'an dernier, les Etats-Unis se sont opposés à notre
déclaration d'ouverture, qui mettait en lumière la persécution des chasseurs
japonais. Nous écrivions alors: "Le Japon reste le seul pays auquel un
quota de chasse à la baleine dans les eaux territoriales est refusé par la
CBI. Le racisme institutionnalisé, qui permet aux Etats-Unis de chasser la
baleine du Groenland menacée d'extinction tout en refusant au Japon le droit de
prendre un petit nombre de petits rorquals abondants, n'est rien d'autre qu'une
persécution. A la CBI, les peuples indigènes de l'Alaska sont apparemment
placés plus haut sur l'échelle de l'humanité que les peuples du Japon, avec
lesquels ils partagent pourtant des traits de caractères culturels et
spirituels similaires". Nous maintenons notre argument et nous prions
instamment les Etats-Unis de revoir leur approche antichasse au sein de la CBI.
Conserver, protéger et utiliser les ressources
de la planète de façon durable requiert une vigilance constante et un
dévouement résolu. Trop souvent, les pays riches ne reconnaissent pas - ou
choisissent de ne pas reconnaître - que les pays en développement et pauvres
ont besoin de plans de gestion pour l'utilisation de leurs ressources plutôt
que de mesures internationales empêchant toute utilisation. Les peuples
détruisent ce qu'ils ne comprennent pas. C'est pourquoi nous pensons que
l'éducation du public et la coopération internationale sont les meilleurs
antidotes contre le racisme culturel et le moyen le plus efficace de répondre
aux défis environnementaux.
Nous applaudissons au fait que le Congrès
mondial de la Commission de l'UICN sur les aires protégées, tenu à Durban en
septembre 2003, a démontré une vigoureuse détermination à reconnaître les
droits et les besoins des populations indigènes et locales, et a conçu la
conservation comme une voie permettant à ces population de bénéficier de la
désignation d'aires protégées, plutôt que d'en souffrir. L'IWMC est d'avis
que les utilisateurs des ressources naturelles devraient être associés à
toute action en faveur de l'utilisation durable et de la conservation. C'est
pourquoi nous faisons des efforts considérables pour associer les chasseurs et
les pêcheurs, ainsi que les milieux industriels et commerciaux, aux initiatives
en faveur de l'utilisation durable.
Prochaines étapes
Bien que des résultats positifs aient été
obtenus au cours des 10 dernières années, beaucoup plus doit encore être
fait. Que tous les gouvernements favorables à l'utilisation durable des
ressources naturelles travaillent ensemble, et se soutiennent les uns les autres
quelle que soit l'espèce visée par le protectionnisme, relève du bon sens.
Les pays se font des illusions s'ils croient qu'ils peuvent gagner la
popularité des groupes de défense et s'assurer quelques faveurs en s'opposant
à l'utilisation durable des espèces de leurs voisins. De même, les secteurs
industriels et commerciaux, ainsi que les chasseurs et les pêcheurs, doivent
agir de concert pour vaincre les organisations qui leur sont opposées et pour
annihiler ceux qui sont impliqués dans des activités illicites comme le
braconnage. Cette coopération est indispensable non seulement au niveau
international mais aussi au niveau national car le grand public doit connaître
les faits. Notre bureau en Suisse a été au centre de notre travail dans ce
domaine. Or, il semble que les ONG protectionnistes reconnaissent beaucoup mieux
l'importance de ces interactions que ceux qui, comme nous, sont du côté du bon
sens.
Sénèque, le philosophe romain, disait: La
vraie sagesse consiste à ne pas s'éloigner de la nature, mais à façonner
notre conduite conformément à ses lois et à son modèle". L'IWMC
continuera à oeuvrer à la réinstauration des cultures traditionnelles
attachées à la terre et à la mer et à ce que leurs droits leur soient
rendus, et à se battre pour une conservation authentique. Et pour renforcer
l'IWMC pour les 10 prochaines années, nous accroîtrons bientôt notre abilité
parler avec la voix efficace de la raison dans le débat sur la conservation, en
ouvrant la porte aux donations et à la participation de cotisants. Nous
espérons que vous continuerez à soutenir l'utilisation durable des ressources
naturelles du monde. 
|