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January 2006

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Editorial: Conservation et confrontation
Par Eugène Lapointe

Le spectacle donné par ceux qui protestent contre la chasse à la baleine, en perturbant les bâteaux japonais qui chassent dans l’Antarctique, se moque des réglementations en matière de sécurité maritime et met inconsidérément en danger les équipages des bâteaux en question. Il est suffisamment dangereux de naviguer pendant de longues périodes dans ces eaux difficiles sans avoir à craindre des collisions.

Et dans quel but?

Des espèces abondantes sont chassées en nombres limités. Cela n’aura aucun effet sur l’ensemble de la population, parce que les baleines se reproduiront à un rythme beaucoup plus rapide que le taux de capture. Par ailleurs, le programme JARPA II fournira des informations précieuses sur l’écosystème marin de l’Antarctique, améliorant ainsi la compréhension des interactions entre les espèces et, finalement, favorisant la conservation en aidant les responsables de la régulation à établir à l’avenir des limites de chasse qui permettront de protéger les baleines d’une exploitation excessive.

Nous nous rendons bien évidemment compte que le but réel de la protestation est d’obtenir une couverture médiatique mondiale en faveur des groupes qui font campagne et ainsi d’encourager le public à faire des dons. Cette quête de fonds, déguisée en actes de courage désintéressés, ne devrait pas être confondue avec la conservation. En les voyant se déplacer en cercles dessinés pour répondre aux exigences des médias, plutôt qu’en fondant les campagnes sur l’abondance des espèces, l’objectif réel des acteurs n’est pas difficile à découvrir. Pourquoi les chasses japonaises de 2003/4 et de 2004/5 n’appelèrent-elles aucune protestation? Est-ce parce qu’elles étaient acceptables? ou n’était-ce plutôt dû au manque de canots pneumatiques ces années-là, en raison d’un besoin d’informations cycliques, la répétition entraînant la lassitude, si bien qu’il faut toujours trouver du nouveau à diffuser?

Malheureusement, la protestation défend la préservation d’animaux abondants, tout en prétendant qu’ils ne le sont pas. Cela détourne l’attention de la façon de résoudre les vrais problèmes de conservation des espèces qui sont effectivement menacées.

Mais la principale ironie réside dans le fait que la protestation intervient alors que les pays qui chassent la baleine sont pleinement disposés à se rallier à des quotas de chasse commerciale extrêmement prudents, établis par la Commission baleinière internationale (CBI). Le programme de gestion révisé (RMS) – s’il était adopté – guarantirait une bonne protection aux baleines, en mettant en place un système de quotas solide, ainsi que des mesures de précautions. Mais qui fait campagne contre l’établissemenrt d’un RMS et exerce des pressions – avec succès – sur les pays pour qu’ils s’y opposent? Exactement les mêmes groupes protestatairesque ceux qui tirent un intérêt de leurs pitreries dangereuses et illicites dans l’Antarctique.

Si le monde n’est pas capable de réglementer la chasse d’une espèce lorsqu’elle est abondante, alors que les pays consommateurs veulent bien fixer des limites, comment peut-on espérer le faire avec une espèce qui est vraiment menacée d’extinction et alors que les pays consommateurs rejettent l’idée d’une réglementation internationale?