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La chasse baisse-t-elle les armes?

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Article publié dans la revue Automne 2005,
Contact, de l'Université Laval, Québec (Canada)
Par Jean Hamann

 
 
Les jeunes boudent la chasse, activité que les biologistes considèrent pourtant comme un outil efficace pour contrer la surabondance de certains animaux, et même comme un comportement humain de base. Question d'éthique?

À gauche, un rhinocéros s'enfuit. À adroite, un bison, une sagaie enfoncée dans le flanc, les viscères pendants, la queue en fouet, charge, tête baissée. Au centre, dans la bête furieuse, se dresse la frêle silhouette d'un homme. Saluée comme l'une des compositions les plus remarquables de l'art pariétal, la scène du Puits, découverte dans l'une des grottes de Lascaux en France, relate un affrontement entre un chasseur et son gibier. Dix-sept millénaires ont passé et notre relation avec l'animal sauvage n'est plus ce qu'elle était. Aujourd'hui, des images montrant un chasseur qui s'apprête à achever un animal éventré soulèveraient l'indignation, voire la colère, d'une bonne partie de la population.

Au Québec, comme dans bien d'autres coins du monde, la chasse a du plomb dans l'aile. Le nombre de chasseurs décline depuis quelques années pour la plupart des gibiers, sauf pour le cerf de Virginie, dont l'abondance quasi épidémique a propulsé la vente de permis vers des sommets inégalés. "Non seulement y a-t-il moins d'adeptes de la chasse, mais l'âge moyen des chasseurs est en hausse parce qu'il y a peu de relève. C'est inquiétant puisque la chasse est une activité économique importante pour les régions", commente Hélène Jolicoeur (Biologie 1974 et 1978), spécialiste de la grande faune au ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Selon les données du Ministère, les 4000 000 adeptes québécois de la chasse injecteraient chaque année 308 millions $ dans l'économie, maintenant ainsi 3 300 emplois.

S'il y a moins de chasseurs qu'avant, c'est en bonne partie parce que le plaisir de débusquer un animal et de l'abattre échappe à une partie grandissante de la population. Les sondages révèlent que la moitié des Québécois ont une image négative de la chasse, essentiellement parce qu'on y tue des animaux. Considérant qu'à peine 11% de l'ensemble des dépenses liées aux activités de la faune et de la nature au Québec est attribuable à la chasse, une question se pose : cette activité, de moins en moins traditionnelle, a-t-elle encore sa place dans notre société?

Effet de cerfs

À l'Ile Anticosti, cette question ne se pose pas. "La chasse au cerf de Virginie est la principale activité économique de l'île depuis les années 1960", observe Jean Huot, professeur au Département de biologie et titulaire de la Chaire de recherche CRSNG'Produits forestiers Anticosti. Mais c'est aussi pour préserver l'habitat du cerf lui-même que 9,000 bêtes sont prélevées chaque année dans cette population qui en compte au moins 150 000. "La superficie des sapinières a diminué de 50% depuis un siècle sur l'île parce que là où il z a des cerfs, il n'y a pas de régénération. Quiconque a vu l'impact des cerfs sur Anticosti comprend l'urgence d'intervenir", souligne le chercheur. Dans 50 ans, si rien n'est fait, les forêts de l'île ne pourront plus nourrir que la moitié de la population actuelle de cerfs. Pour assurer la pérennité de l'habitat, le maintien de densités de cerfs intéressantes pour la chasse et la survie de l'industrie forestière, les gestionnaires de l'île veulent diminuer le cheptel de 30% par une libéralisation progressive de la chasse sportive, axée principalement sur un accroissement de la récolte de femelles.

La chasse est un outil essentiel pour gérer la surabondance, estime Jean Huot. Lorsque le prélèvement est insuffisant, les populations risquent d'échapper à tout contrôle. "C'est ce qui se produit avec le cerf de Virginie partout en Amérique du Nord, constate-t-il. Cette espèce cause maintenant des dizaines de milliers d'accidents routiers chaque année, d'importants dommages aux champs agricoles et aux vergers et la transformation progressive des paysages forestiers de régions entières. Comme l'ours noir et le raton laveur, le cerf a compris que vivre à proximité des humains procurait d'énormes avantages, à peu de risques."

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