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La chasse baisse-t-elle les armes?

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Les dépenses liées à la pêche, l'ornithologie et autre marche en forêt, sont presque dix fois plus importantes que celles liées à la chasse, au Québec.

Le retour des oies blanches

La grande oie des neiges aussi approche le point de surabondance. Sa population, réduite à un maigre 3 000 spécimens au début du XXe siècle en raison de la surchasse, frôle maintenant le million. Pour Gilles Gauthier, spécialiste de cette espèce au Département de biologie, cette spectaculaire ascension s'explique par une réglementation plus sévère de la chasse, mais aussi par un changement de comportement des oies. "Elles ont appris à utiliser les terres agricoles en hiver et au printemps, précise-t-il. Au Québec, l'accroissement exponentiel des effectifs de l'oie des neiges coïncide avec l'augmentation de la superficie des terres consacrées à la culture du maïs." Ce changement de comportement procure aux oies une source de nourriture abondante et riche pendant une période critique de leur cycle annuel.

L'explosion démographique de l'oie des neiges a incité le gouvernement fédéral à ouvrir une chasse printanière en 1999, du jamais vu depuis l'adoption de la loi sur les oiseaux migrateurs en 1917. Cette mesure exceptionnelle est toujours en vigueur. "La chasse printanière a produit les effets escomptés, mais qui s'atténuent avec le temps, constate Gilles Gauthier. Le nombre de chasseurs est en baisse et la croissance de la population d'oies risque de reprendre." Si le biologiste s'en inquiète, c'est que la nourriture disponible sur les aires de nidification et d'élevage des oisons n'a pas augmenté, et le broutage intensif des oies menace l'intégrité écologie de ces milieux.

La détérioration de cet habitat arctique risque de se répercuter durement non seulement sur les oies, mais aussi sur les autres espèces qui dépendent de ce milieu. Selon M. Gauthier, la chasse est indispensable pour éviter pareil scénario. "En contrôlant la population d'oies des neiges, on assure la pérennité des espèces et des écosystèmes tout en maximisant les retombées économiques et en limitant les dommages aux récoltes", analyse-t-il.

Safari canadien

Si la chasse aux espèces dont on ne consomme pas la chair est plus difficile à faire avaler à l'Homo sapiens moderne, elle se porte néanmoins très bien au Canada. Les amateurs de trophées convergent depuis longtemps vers les Rocheuses pour y chasser deux espèces de mouflons et la chèvre de montagne. "Si ce genre de chasse existe, c'est que la demande est très forte", constate Steeve Côté, professeur au Département de biologie et spécialiste des grands herbivores. "Lorsque la chasse à la chèvre de montagne a été rouverte en Alberta, en 2001, après un moratoire de 13 ans, 4 000 chasseurs albertains ont tenté leur chance pour obtenir l'un des trois permis disponibles, signale-t-il. Il y a quelques années, un permis spécial pour chasser le mouflon d'Amérique en bordure d'un parc national - où se trouvent de gros spécimens - a été vendu aux enchères pour la somme de 480 000."

Steeve Côté n'a pas d'objections philosophiques contre ce type de chasse, mais il s'inquiète des effets négatifs que pourrait engendrer la pression sélective que les chasseurs exercent sur les gros mâles. "Plus de 90% des mouflons sont tués l'année où leurs cornes deviennent assez grosses pour qu'ils soient légalement abattus. Ce sont donc les mâles porteurs de petites cornes qui survivent et se reproduisent, ce qui peut entraîner des changements dans le profil génétique des populations chassées."

Les études qu'il conduit dans l'Ouest canadien l'amènent à côtoyer beaucoup de chasseurs. "Ce n'est pour l'air pur des montagnes qu'ils chassent. Partout où je passe, ils veulent me montrer leurs trophées. C'est une source de fierté pour eux, surtout si le spécimen est suffisamment gros pour figurer dans le livre des records du Boone and Crockett Club. Les alpinistes ont une liste de montagnes qu'ils ont escaladées. Les chasseurs de trophées, deux, possèdent un CV avec la liste des espèces qu'ils ont tuées. C'est très culturel."

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