| Ballon chasseur
Et si, en plus de cette dimension culturelle,
les chasseurs répondaient à l'appel de gènes légués par nos lointains
ancêtres? Cyrille Barrette, spécialiste du comportement animal et de
l'évolution au Département de biologie, n'écarte pas l'idée que le
comportement de chasse fasse partie du programme génétique
humain."C'est le cas pour d'autres espèces, pourquoi ne le serait-ce pas
pour nous?", demande-t-il.
Pour la majorité des gens, croit-il, ces
comportements de chasse s'expriment maintenant sous une autre forme : le
sport. Les disciplines olympiques individuelles comme la course, le saut et le
lancer font appel aux mêmes gestes et aux mêmes habiletés physiques que la
chasse, note-t-il. Les sports collectifs, eux, tout comme certains types de
chasse, exigent une stratégie d'équipe et un effort coordonné du groupe.
"De plus, la chasse et le sport ont tous deux une fonction sociale. Ils
favorisent la camaraderie et ils confèrent un statut social particulier à
celui qui permet à son groupe de l'emporter sur l'adversaire."
Si la chasse convient moins bien que le sport
aux valeurs de la société moderne, c'est peut-être parce que plusieurs y
voient un geste cruel et gratuit envers les animaux. "Plus l'animal est
près de l'homme dans l'arbre évolutif, plus on juge qu'il est cruel de le
faire souffrir, estime l'éthologiste. Notre éthique instinctive fait une
différence entre une truite qui frétille au bout d'une ligne à pêche et un
renard qui se débat au bout d'un collet."
La loi du plus faible?
Les lois québécoises et canadiennes ne
reconnaissent aucun droit aux animaux. Les individus, eux, leur en accordent,
à la mesure de leur morale personnelle. Ceci expliquerait peut-être pourquoi
le Québec moderne semble si divisé face à la chasse. "Il se peut que,
pour une bonne partie de la population, l'idée de tuer un animal sauvage pour
se divertir ne soit plus acceptable", avance Lyne Létourneau,
professeure au Département des sciences animales et spécialiste des
questions éthiques et juridiques touchant les animaux.
Contrairement à l'Europe, le Québec compte
peu de mouvements de défense des animaux, observe-t-elle. "C'est
peut-être en raison de notre conception anthropocentrique du rapport que nous
entretenons avec l'animal", risque la chercheuse. Selon cette vision, les
intérêts des êtres humains sont moralement plus importants que ceux des
animaux, ce qui rend justifiables les utilisations que nous en faisons, dans
la mesure où les bêtes ne souffrent pas inutilement. À l'opposé, les
zoocentristes accordent plus de poids aux intérêts moraux des animaux,
notamment parce qu'ils ont la capacité de souffrir. Cette souffrance doit
entrer en ligne de compte dans les choix que nous faisons, soutiennent-ils.
"En philosophie morale, on constate
qu'il n'y a pas encore là-dessus de vérité avec un grand V,. souligne Lyne
Létourneau. En conséquence, il n'existe pas de fondement objectif permettant
de situer les limites de l'acceptable dans l'utilisation qu'on peut faire des
animaux, que ce soit pour la recherche, pour l'élevage ou pour la
chasse." Dans ce contexte, admet-elle, il peut y avoir deux points de vue
diamétralement opposés qui résistent pour l'instant à l'analyse critique,
et donc, qui sont tous deux valables.
La chasse : trois diplômés témoignent
William Crosmary - Sophie Calmé - Vanessa
Viera
Propos recueillis par Julie Marcoux
(Association des diplômés de l'Université Laval)
Chasse sportive en Afrique : frustration et
conservation
"Le mythe du chasseur-cueilleur vivant
en harmonie avec la nature est bien révolu en Afrique", rapporte William
Crosmary (Biologie 2002). En effet, combinée à la perte des habitats
naturels et à la croissance démographique, la chasse de subsistance a de
grands impacts sur la faune et les écosystèmes. Elle est pourtant largement
pratiquée sur le continent, même si les autorités limitent ou suppriment
les droits de chasse de certaines populations rurales. "Ces restrictions
sont très mal vues", commente le biologiste qui vient de compléter une
maîtrise au Centre d'études biologiques, en France, portant sur les impalas
du Zimbabwe. Car, en plus d'importantes considérations alimentaires, la
chasse fait partie du style de vie et de l'identité des membres de ces
collectivités.
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