| La frustration est d'autant plus
vive que des droits sont accordés aux Occidentaux qui viennent chasser en
Afrique pour le plaisir. "Toutefois, la chasse sportive peut se révéler
salutaire pour la grande faune africaine", explique William Crosmary. Les
importants revenus générés par cette activité incitent les décideurs à
préserver la faune, notamment en freinant l'empiètement des habitats
naturels par l'agriculture et l'exploitation forestière. "Mais encore
faut-il garantir l'abondance du gibier, souligne-t-il, et s'assurer que les
communautés qui dépendent directement de la faune y trouvent leur
compte."
C'est ainsi que sont nés des projets
communautaires qui concilient les intérêts des chasseurs sportifs et de
subsistance, des écologistes et des autorités. "Le principe, qui semble
déjà faire ses preuves au Zimbabwe et en Zambie, est simple : les
populations rurales sont responsables de leurs ressources naturelles et
reçoivent les bénéfices de la gestion de celles-ci, bénéfices qu'elles
investissent dans le développement de leurs communautés." Ces
dernières ont donc tout avantage à participer à la protection de la faune
pour lutter contre le braconnage ou l'imposition de quotas de chasse sur leurs
territoires, par exemple.
Mexique : chasse pour vivre
Au Mexique, pays d'adoption de Sophie Calmé
(Sciences forestières 1991 et 1998), la répartition géographique des
types de chasseurs reflète la distribution de la richesse économique du
pays. "Dans le Sud, c'est la chasse de subsistance qui prédomine tandis
que, dans le Nord, l'activité revêt davantage un caractère sportif",
précise la chercheuse de El Colegio de la Frontera Sur. Parmi les
chasseurs sportifs, bon nombre sont des étrangers, principalement des
Américains.
Dans les communautés forestières
traditionnelles du sud du pays, rapport Mme Calmé, la viande sauvage (gros
gibier comme le cerf ou le pécari, et oiseaux de grande taille) représente
entre 20 à 60% de la viande totale consommée. Même si, à 20%, on ne peut
exactement parler de subsistance, cet apport permet aux familles de
diversifier leur diète. Par ailleurs, de nombreux chasseurs vendent une
partie ou la totalité de leurs prises pour se procurer des produits de
consommation de base, tels l'huile, le sel ou les bougies.
Chasseurs sportifs et chasseurs indigènes ne
font pas bon ménage, au Mexique. "Les sportifs voient généralement
d'un mauvais œil la chasse de subsistance parce que ceux qui la pratiquent ne
sont pas astreints aux mêmes règles qu'eux", rapporte Sophie Calmé. En
effet, la Loi générale de la vie sauvage, adoptée en 2001, reconnaît les
droits des autochtones à chasser pour leur subsistance. Contrairement à eux,
les sportifs doivent faire partie d'un club de chasse, obtenir des permis et
limiter leur activité à certains territoires.
Chasseurs et écolos français dos à dos
"En France, la chasse fait partie du
patrimoine culturel. Elle est pratiquée par des gens issus de tous les
milieux, mais surtout de la classe ouvrière", explique Vanessa Viera (Biologie
2003), qui complète actuellement un doctorat en biologie à l'Université
Laval. Les faisans, perdrix, lapins, bécasses, canards, cerfs élaphes,
chevreuils et sangliers sont les espèces majoritairement chassées là-bas.
Selon la jeune Française, qui vit au Québec
depuis 2000, il existe dans son pays natal un débat sensible entre chasseurs
et protecteurs de la nature - contrairement à la situation québécoise où
des alliances sont possibles. Les questions concernant les espèces chassées,
la longue période chasse (septembre à février) et la protection des
espèces, notamment, sont devenues de plus en plus délicates au cours des
dernières décennies. "La lutte entre les deux parties est encore trop
sévère pour aboutir à ces concessions, croit-elle. Les politiciens sont
dans des positions délicates, une fois venu le moment de prendre des
décisions sur le sujet." Selon Vanesse Viera, seuls les compromis
concernant l'élaboration des nouvelles lois régissant cette activité sont
envisageables, à l'heure actuelle. Le statut juridique de la chasse en France
n'a quasiment pas évolué depuis 1844.
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