Washington, DC, 10 juin 2003: Eugène Lapointe, leader
international de la conservation et ancien secrétaire général de la
CITES, a vigoureusement critiqué, aujourd’hui, les Etats membres de la
Commission baleinière internationale (CBI) qui proposent conjointement, à
la session annuelle de la semaine prochaine, ce que l’on appelle l’"Initiative
de Berlin". Selon lui, elle risque de mettre l’organisation à
genoux.
La proposition, qui ne requiert qu’une majorité simple pour être
adoptée, établirait un "Comité de conservation", financé par
des organisations et des individus non-membres qui dirigeraient ainsi la
plupart des activités de la CBI.
Bon nombre des groupes qui font campagne en sa faveur, ils peuvent
participer aux sessions de la CBI et y faire de la propagande, sont
eux-mêmes financés par des organisations et des individus de l’extérieur,
en particulier de riches fondations des Etats-Unis d’Amérique. Aujourd’hui,
40 de ces ONG appuient publiquement la nouvelle Initiative de Berlin. On
pense généralement que certains de ces groupes, comme Greenpeace, l’International
Fund for Animal Welfare (IFAW) et la Humane Society of the United States
(HSUS), ont élaboré la proposition, en travaillant ‘dans les coulisses’
avec des agents de certains des pays qui la soumettent.
Eugène Lapointe déclare: " Le pouvoir suit l’argent. Le danger
évident est que des détenteurs du pouvoir financier non élus de ce
nouveau comité fassent usage de la puissance nouvellement accordée pour
diriger la CBI. Un groupe d’individus travaillant dans l’ombre et n’ayant
à répondre devant personne finira par tirer les ficelles".
Peu de représentants auprès de la CBI ont entendu parler de bailleurs
de fonds potentiels, qui donnent des centaines de milliers de dollars à
des groupes de campagne. L’un d’eux est Suwanna Gauntlett, héritière
d’une fortune provenant de la société pharmaceutique Upjohn (elle fait
maintenant partie de Pfizer), qui dirige actuellement la Barbara Delano
Foundation (voir bdfoundation.org et wildaid.org). L’identité de
nombreux bailleurs de fonds potentiels est cachée par les ONG car elles
gardent délibérément secrets les noms de ceux qui les financent le plus
largement, l’argent étant souvent canalisé par des organisations
tierces comme WildAid.
M. Lapointe en appelle aux pays qui appuient l’Initiative de Berlin
pour qu’ils insèrent des mesures de protection dans leur proposition,
afin de garantir, si elle est adoptée, l’absence de risques d’abus de
pouvoir au sein de la CBI de la part soit directement des financiers soit
des ONG qu’ils paient.
M. Lapointe suggère une série de mesures et de contrôles, qui
devraient être joints à la proposition:
1. La Comission ne devrait accepter aucun fonds d’organisations ou de
personnes ayant fourni, au cours des 10 dernières années, un appui
financier à l’une ou l’autre des ONG accréditées auprès de la CBI.
2. La Commission ne devrait accepter des fonds d’aucune des ONG
accréditées auprès de la CBI.
3. La source de toutes les donations à la CBI devrait être pleinement
transparente. Toutes les donations approuvées par la Commission devraient
être publiées sur le site internet de la CBI, en indiquant le nom du
donateur, le montant accordé et toute information à l’appui.
4. Toute donation soumise à conditions doit être automatiquement
rejetée.
5. La Commission devrait décider, par un vote à sa session annuelle,
quelles sont les propositions d’appui financier acceptées.
6. Le Secrétariat de la CBI ne devrait solliciter aucune donation.
7. La donation annuelle totale d’une personne ou d’une organisation
ne devrait pas dépasser USD 20 000.
8. Aucune donation ne devrait être acceptée de la part d’une
personne ou d’une organisation pendant plus de trois années
consécutives.
9. Toutes les organisations souhaitant faire une donation devraient
fournir à la Commission ses comptes vérifiés de trois ans.
10. La Commission devrait se réserver le droit de vérifier, par le
biais d’un système d’audiences publiques, les lettres de créance des
organisations et des personnes souhaitant faire une donation.
M. Lapointe prévient: "Le vote sur l’Initiative de Berlin aura
lieu dans quelques jours. Il est surprenant que la proposition ne fasse
nullement mention de contrôles pour garantir sa crédibilité financière.
Nous n’avons rien entendu de la part des détenteurs probables du
pouvoir. Les groupes de campagne sont restés silencieux en ce qui concerne
les risques de conflits d’intérêt. Tout cela fait que de sérieux
doutes apparaissent quant aux intentions de ceux qui pilotent cette
proposition".
M. Lapointe ajoute: "L’Initiative de Berlin est fondamentalement
défectueuse dans sa forme actuelle et s’avérerait si impraticable qu’elle
pourraient mettre l’organisation à genoux, en poussant de nombreux pays
à quitter la CBI pour toujours". 